Seil Pascale
Yanis Miltgen, a seulement 24 ans, diplômé de l’Atelier Chardon Savard à Paris, s’impose comme une figure montante de la broderie d’art contemporaine. En 2023, sa première collection, histoire d’une vie, lui a valu d’être récompensé par le prix Hand&Lock à Londres et le prix «Les de(ux) mains» du Comité Colbert. Pour Nature singulière, il compose Technica Natura, une œuvre sculpturale textile monumentale, fusion entre nature idéalisée et technologie obsolète. Animé par une vision utopique où faune et flore cohabitent avec les restes de notre ère numérique, il assemble vieux composants ou appareils (cartes mères, câbles, écouteurs), auxquels il redonne ainsi vie, et techniques de broderie d’art (crochet de Lunéville, broderie à l’aiguille) pour créer une nature hybride, éternelle et pacifiée. L’œuvre, composée de tricotins brodés, de tiges et d’oiseaux robotiques, dénonce la société de consommation et interroge notre rapport aux déchets technologiques. La démarche de Miltgen, à la fois poétique et critique, s’inscrit dans une recherche formelle exigeante, mêlant artisanat d’excellence et expérimentation. Technica Natura devient ainsi un plaidoyer textile pour un futur réconcilié entre progrès et résilience du vivant.
Christiane Modert, céramiste luxembourgeoise formée aux Arts Plastiques à la Sorbonne, développe une œuvre où la matière devient langage de la nature. Laquelle nature surprend par la juxtaposition d’éléments contraires, ce que l’artiste traduit en expérimentant la combinaison céramique et papier. Au départ de l’oeuvre, deux bases symétriques en colombins – une technique primitive de poterie – sur lesquelles le corps prend sa forme. Pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025, Christiane propose ainsi des sculptures construites à partir de deux formes symétriques modelées en colombins, qui, une fois assemblées, donnent naissance à des volumes imprévus, presque organiques. Cette méthode, fondée sur la verticalité et l’équilibre, évoque l’interpénétration des mondes solides et subtils, comme une métaphore de la genèse naturelle. Dans une autre pièce, une grande forme légère et translucide en papier naît à partir des bords d‘une céramique, créant un contraste entre densité et légèreté, entre opacité et transparence. Chaque œuvre est une exploration de la gravité, de la texture et de la spontanéité formelle. En laissant la matière guider le geste, démarche intuitive et sensible, Modert réalise une Nature singulière.
Le duo formé par Iva Mrazkova, artiste d’origine tchèque installée au Luxembourg, et John Kieffer, forgeron d’art dudelangeois, explore la transformation de la matière brute en formes sculpturales inspirées du végétal. Pour Nature singulière, ils présentent Transformation, une œuvre née de l’observation attentive des feuilles séchées, de leurs courbes et mouvements prompts à une métamorphoseartistique. Iva Mrazkova débute par des esquisses et des maquettes, en cire ou collages sur papier, qu’elle retravaille jusqu’à obtenir une forme fluide, féminine. Ces modèles sont d’abord coulés en bronze puis transposés agrandis en acier corten par John Kieffer, dont la maîtrise technique permet de donner vie à ces sculptures monumentales. L’acier, oxydé naturellement, acquiert une patine rougeâtre évoquant la terre, le temps et l’érosion. Cette matière, lourde et froide, se fait ici légère, mouvante, presque organique. L’œuvre incarne la rencontre entre la nature et la main de l’homme, entre l’éphémère et le durable. Elle célèbre la capacité de l’art à sublimer les formes naturelles dans une nouvelle temporalité. Ensemble, les deux artistes façonnent une nature réinventée, à la fois fragile et puissante, mémoire et avenir.