Wolter Monique

Monique Wolter, artiste verrière luxembourgeoise, explore depuis 2014 les possibilités expressives de ce corps dur mais fragile qu’est le verre. Auprès d’artistes verriers internationaux, elle s’est approprié les techniques de base du thermoformage du verre à plat, pour aujourd’hui, de manière autodidacte, combiner les procédés afin de créer soit des vases et bols, soit des objets d’art en pâte de verre, une technique permettant de transposer avec finesse des structures végétales. Ce qui est précisément le cas avec Verfolia, présentée pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025, une œuvre poétique inspirée de la vulnérabilité du vivant, en l’occurrence, du berceau des oiseaux. Composée d’une cen- taine de feuilles en verre opaque, moulées à partir de véritables feuilles de saule, poncées, sablées puis recuites, l’installation évoque ainsi un nid délicat, suspendu entre naturel et artificiel. La lumière filtrant entre les feuilles crée une atmosphère douce et mouvante, où chaque reflet devient trace d’un cycle de trans- formation. Le verre devient ici mémoire de la nature, transposée dans un langage contemporain. Cette fusion de la précision artisanale et de l’aléatoire du vivant répond pleinement au thème Nature singulière.

Zangarini Nadine

Nadine Zangarini, sculptrice luxembourgeoise à la taille directe, formée à Strasbourg et à Fribourg-en-Brisgau, crée des interactions entre ombres et lumières à partir de différentes essences de bois – ou de la pierre – lui permettant d’explorer des formes organiques qui évoquent la fluidité et la vitalité de la nature. En dialogue avec la matière, Zangarini sculpte en laissant les nœuds, veines et aspérités guider la forme émergente. Son travail, sensible et intuitif, révèle donc la beauté cachée du bois et la poésie de ses nuances, de ses imperfections. Elle porte aujourd’hui son dévolu sur un érable, symbole de protection dans la tradition celtique. Cet érable, travaillé pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025, c’est celui du jardin de sa mère. La pièce, avec ses courbes et son espace intérieur, capture l’essence même de la vie: fragilité, transformation et renaissance. L’ouverture au sommet, à la fois délicate et solide, devient métaphore d’un avenir en équilibre entre mémoire et harmonie. En intégrant arcs et mouvements d’ouverture, elle poursuit une quête intérieure de lumière et de lien avec le vivant. Son approche, la célébration du geste née de l’écoute de l’arbre, est le gage d’une Nature singulière.

SPRINGER Rafael

Rafael Springer, artiste plasticien et céramiste luxembourgeois atypique, développe depuis plus de quarante ans une œuvre marquée par l’hybridité et la mémoire. Lauréat du prix Pierre Werner (2002) et de la Biennale d’Art Contemporain de Strassen (2011), il mêle artisanat traditionnel et techniques contemporaines dans une démarche multidisciplinaire intégrant peinture, sculpture, cé- ramique et médias numériques. Son univers artistique, à la fois personnel et universel, explore les notions de perception et d’émotion, à travers des installations immersives aux couleurs audacieuses et aux textures complexes, où frontières entre réalité et imagination s’estompent. Pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025, ce sont des céramiques expérimentales qu’il propose, toutes réalisées à partir de feuilles et branches d’arbres locaux trempées dans de l’argile liquide, puis cuites, révélant des empreintes fossilisées d’une nature éphémère. Cette technique particulière, qu’il qualifie de «vegan et locale», interroge notre lien au vivant et à la matière, tout en s’inscrivant pleinement dans le thème Nature singulière par sa capacité à figer l’instant naturel dans une forme pérenne, poétique et profondément enracinée dans le territoire.

STEIN, Rick et Erik

Rick & Erik Stein, dans un dialogue entre musique et artisanat, duo père-fils luxembourgeois, conjuguent leurs compétences pour créer des tambours artisanaux uniques. Le père est maître-charpentier et tourneur sur bois, le fils est musicien, batteur professionnel diplômé en polyrythmie, et tous deux associent donc leurs savoir-faire dans leur atelier de Fischbach (LU), spécialisé dans la création à la main de caisses claires (ou snare) à partir de bois exclusivement issu du Natur- & Geopark Mëllerdall. Leur démarche artistique reposant sur la valorisation/transformation des chutes de bois négligées, répond à un enjeu éthique, durable, fonctionnel et esthétique. Les parties métalliques ainsi que le cuir sont produits par des artisans locaux. Deux modèles illustrent cette approche: le snare smoked oak, où le chêne fumé révèle une teinte sombre au contact du métal, et le snare tuttifrutti, composé de lamelles de bois variés assemblées sans ordre, créant des pièces iné- dites et colorées. Chaque instrument est le fruit d’un processus artisanal rigoureux — découpe, rabotage, fraisage, collage sous pression, puis tournage — qui sublime la matière tout en réduisant le gaspillage, incarnant ainsi le thème Nature singulière.

Steinmetzer Marianne

Marianne Steinmetzer, céramiste luxembourgeoise installée à Bridel, a quitté le monde économique pour se consacrer à la porcelaine, son matériau de prédilection, dont l’aspect biscuité, sans glaçure, la séduit particulièrement. Formée au tournage et au moulage lors de stages à l’étranger et de master classes, elle développe une pratique délicate mêlant fonctionnalité et esthétisme ludique. En résonance avec le thème de la Nature singulière, elle présente Le jardin d’Alice, une série de pièces en porcelaine biscuitée inspirées d’un jardin imaginaire, clin d’œil à l’univers onirique d’Alice au Pays des Merveilles, symbolisant l’insouciance de l’enfance. Ses formes florales en rien naturalistes, soit, volontairement fantaisistes, évoquent un monde apaisant et poétique. Chaque pièce est moulée, assemblée, enduite d’engobe fabriqué à partir de pigments colorés, puis décorée au pinceau ou au pochoir, travaillée par érosion pour donner du relief au motif, avant d’être poncée et cuite à haute température. Avec ces objets, à la fois sculptures et contenants, sublimant la fleur comme symbole de douceur et de rêverie, Steinmetzer propose donc une vision réconfortante de la nature comme refuge face à l’agitation contemporaine.

THIEFELS Jean-Paul

 

 

Turping Laurent

Laurent Turping, sculpteur autodidacte luxembourgeois actif depuis 2012, travaille le bois avec une approche instinctive. Lui importe moins l’objet final que le processus de création, le plaisir du travail manuel, associé à un ancrage dans la nature, à une harmonie à exprimer entre l’Homme et l’environnement. Formé à la sculpture à la tronçonneuse en Allemagne, il privilégie donc une relation directe et sensorielle avec la matière, des essences d’arbres locales, qu’il sculpte en respectant les formes, les nœuds et les fissures naturelles. Son geste, brut et libre, suit ainsi les lignes du bois sans les contraindre, révélant du coup leur beauté intrinsèque tout en faisant naître des formes anthropomorphes. Certaines œuvres sont laissées à l’extérieur, où les éléments poursuivent leur travail, accentuant les marques du temps et enrichissant la matière. Les sculptures à la fois puissantes et méditatives proposées pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025 sont les témoins d’un dialogue secret entre le bois et l’artiste Turping fasciné par l’imperfection du vivant et sa perpétuelle renaissance dans une transformation artistique intimement fidèle au dialogue. Cette démarche s’accorde avec le thème Nature singulière.

WEIS Olivier

Olivier Weis, designer luxembourgeois de haute maroquinerie et fondateur de la marque Van Weis, explore les frontières entre artisanat traditionnel, design minimaliste et innovation durable. Olivier a perfectionné ses compétences à Zurich, où il s’est spécialisé dans l’artisanat exigeant de la sellerie, technique de la coupe du cuir à main levée incluse. Chacune de ses pièces, entièrement réalisée à la main dans son propre atelier, où chaque détail compte, incarne une nouvelle définition du luxe: sobre, sensoriel et respectueux des ressources, vecteurs d’histoires. Dans son projet de sac à main sculptural proposé pour De Mains De Maîtres 2025, il utilise un textile novateur à base de mycélium, le réseau racinaire des champignons, une matière pionnière, à part entière, associée pour garantir stabilité et durabilité, à un cuir tanné végétalement. Inspirée des microstructures naturelles, lamelles et plis, la forme fluide du sac est obtenue par moulage humide sur des gabarits sur mesure, alliant techniques de sellerie classiques et procédés numériques comme le fraisage CNC et l’impression 3D. En y insé- rant donc propriétés organiques du matériau et conscience écologique, Weis propose une œuvre-manifeste de singulière nature.

 

MRAZKOVA Iva

Le duo formé par Iva Mrazkova, artiste d’origine tchèque installée au Luxembourg, et John Kieffer, forgeron d’art dudelangeois, explore la transformation de la matière brute en formes sculpturales inspirées du végétal. Pour Nature singulière, ils présentent Transformation, une œuvre née de l’observation attentive des feuilles séchées, de leurs courbes et mouvements prompts à une métamorphoseartistique. Iva Mrazkova débute par des esquisses et des maquettes, en cire ou collages sur papier, qu’elle retravaille jusqu’à obtenir une forme fluide, féminine. Ces modèles sont d’abord coulés en bronze puis transposés agrandis en acier corten par John Kieffer, dont la maîtrise technique permet de donner vie à ces sculptures monumentales. L’acier, oxydé naturellement, acquiert une patine rougeâtre évoquant la terre, le temps et l’érosion. Cette matière, lourde et froide, se fait ici légère, mouvante, presque organique. L’œuvre incarne la rencontre entre la nature et la main de l’homme, entre l’éphémère et le durable. Elle célèbre la capacité de l’art à sublimer les formes naturelles dans une nouvelle temporalité. Ensemble, les deux artistes façonnent une nature réinventée, à la fois fragile et puissante, mémoire et avenir.

MULLER Catherine