Rafael Springer, artiste plasticien et céramiste luxembourgeois atypique, développe depuis plus de quarante ans une œuvre marquée par l’hybridité et la mémoire. Lauréat du prix Pierre Werner (2002) et de la Biennale d’Art Contemporain de Strassen (2011), il mêle artisanat traditionnel et techniques contemporaines dans une démarche multidisciplinaire intégrant peinture, sculpture, cé- ramique et médias numériques. Son univers artistique, à la fois personnel et universel, explore les notions de perception et d’émotion, à travers des installations immersives aux couleurs audacieuses et aux textures complexes, où frontières entre réalité et imagination s’estompent. Pour la Biennale De Mains De Maîtres 2025, ce sont des céramiques expérimentales qu’il propose, toutes réalisées à partir de feuilles et branches d’arbres locaux trempées dans de l’argile liquide, puis cuites, révélant des empreintes fossilisées d’une nature éphémère. Cette technique particulière, qu’il qualifie de «vegan et locale», interroge notre lien au vivant et à la matière, tout en s’inscrivant pleinement dans le thème Nature singulière par sa capacité à figer l’instant naturel dans une forme pérenne, poétique et profondément enracinée dans le territoire.
Edition: 2025
STALTARI Stefania
Stefania Staltari, artiste luxembourgeoise d’origine italienne, architecte de formation, développe une pratique céramique sensitive, en écho à son parcours entre rigueur technique et quête créative. Formée en Allemagne et active au Luxembourg, elle choisit aujourd’hui de réorienter sa carrière vers l’enseignement artistique, renouant ainsi avec une expression plus libre et intuitive. En témoignent ses vases en grès façonnés à la main, sans tour, dans une relation directe et authentique avec la matière, vases ainsi proposés en série à la Biennale De Mains De Maîtres 2025. Chaque pièce, unique, est gravée selon la technique du sgraffito, une méthode de gravure sur la surface de la terre crue, révélant, tels des empreintes, des motifs inspirés de la flore locale. Ces décors, mis en valeur par un émaillage transparent brillant, contrastent avec la texture mate du grès naturel — blanc, terracotta ou noir — et traduisent une tension entre nature brute et sublimation artisanale. Cette création, à la fois utilitaire et contemplative, est une invitation à renouer avec une forme de simplicité, tout en re- celant une part de cette nature que l’on se doit de respecter et protéger, ce qui la raccorde au thème Nature singulière.
STEIN, Rick et Erik
Rick & Erik Stein, dans un dialogue entre musique et artisanat, duo père-fils luxembourgeois, conjuguent leurs compétences pour créer des tambours artisanaux uniques. Le père est maître-charpentier et tourneur sur bois, le fils est musicien, batteur professionnel diplômé en polyrythmie, et tous deux associent donc leurs savoir-faire dans leur atelier de Fischbach (LU), spécialisé dans la création à la main de caisses claires (ou snare) à partir de bois exclusivement issu du Natur- & Geopark Mëllerdall. Leur démarche artistique reposant sur la valorisation/transformation des chutes de bois négligées, répond à un enjeu éthique, durable, fonctionnel et esthétique. Les parties métalliques ainsi que le cuir sont produits par des artisans locaux. Deux modèles illustrent cette approche: le snare smoked oak, où le chêne fumé révèle une teinte sombre au contact du métal, et le snare tuttifrutti, composé de lamelles de bois variés assemblées sans ordre, créant des pièces iné- dites et colorées. Chaque instrument est le fruit d’un processus artisanal rigoureux — découpe, rabotage, fraisage, collage sous pression, puis tournage — qui sublime la matière tout en réduisant le gaspillage, incarnant ainsi le thème Nature singulière.
Steinmetzer Marianne
Marianne Steinmetzer, céramiste luxembourgeoise installée à Bridel, a quitté le monde économique pour se consacrer à la porcelaine, son matériau de prédilection, dont l’aspect biscuité, sans glaçure, la séduit particulièrement. Formée au tournage et au moulage lors de stages à l’étranger et de master classes, elle développe une pratique délicate mêlant fonctionnalité et esthétisme ludique. En résonance avec le thème de la Nature singulière, elle présente Le jardin d’Alice, une série de pièces en porcelaine biscuitée inspirées d’un jardin imaginaire, clin d’œil à l’univers onirique d’Alice au Pays des Merveilles, symbolisant l’insouciance de l’enfance. Ses formes florales en rien naturalistes, soit, volontairement fantaisistes, évoquent un monde apaisant et poétique. Chaque pièce est moulée, assemblée, enduite d’engobe fabriqué à partir de pigments colorés, puis décorée au pinceau ou au pochoir, travaillée par érosion pour donner du relief au motif, avant d’être poncée et cuite à haute température. Avec ces objets, à la fois sculptures et contenants, sublimant la fleur comme symbole de douceur et de rêverie, Steinmetzer propose donc une vision réconfortante de la nature comme refuge face à l’agitation contemporaine.